Qu’est-ce que le rejointoiement?
Le rejointoiement (aussi appelé « repointing » en anglais) consiste à retirer le mortier détérioré entre les briques ou les pierres et à le remplacer par du mortier neuf. Cette opération vise à restaurer l’étanchéité et la solidité structurale de la maçonnerie, tout en préservant son apparence d’origine.
Le mortier entre les briques n’est pas seulement un élément esthétique — c’est un composant structural essentiel. Il assure l’étanchéité du mur contre les infiltrations d’eau, répartit les charges entre les briques et absorbe les mouvements de dilatation et de contraction causés par les variations de température. À Montréal, où les écarts de température peuvent atteindre 60 °C entre l’été et l’hiver, le mortier est soumis à des contraintes exceptionnelles.
Contrairement au crépi ou à l’enduit, le rejointoiement est un travail ciblé : seuls les joints endommagés sont retirés et remplacés. Un maçon expérimenté retire le mortier dégradé sur une profondeur d’au moins 20 mm (environ 3/4 de pouce) avant d’appliquer le nouveau mortier en couches successives, chaque couche devant sécher partiellement avant l’application de la suivante.
Quand rejointoyer sa maçonnerie
Plusieurs signes indiquent qu’un rejointoiement est nécessaire. Voici les indicateurs à surveiller lors de votre inspection visuelle :
- Joints fissurés ou émiettés : des fissures visibles dans les joints ou du mortier qui s’effrite au toucher sont les signes les plus évidents. Un joint sain est ferme et résiste à la pression d’un ongle.
- Joints creux ou en retrait : lorsque le mortier est en retrait de plus de 6 mm par rapport à la surface de la brique, l’eau peut s’y accumuler et accélérer la dégradation lors des cycles de gel-dégel.
- Infiltrations d’eau : des taches d’humidité à l’intérieur, de la moisissure au sous-sol ou des efflorescences blanches sur les briques sont souvent causées par des joints défaillants.
- Briques qui se détachent : lorsque le mortier est tellement dégradé que des briques deviennent instables, le rejointoiement est urgent pour éviter des problèmes structuraux.
- Âge du dernier rejointoiement : un rejointoiement bien fait dure généralement de 25 à 50 ans. Si vos joints ont plus de 30 ans, une inspection par un maçon est recommandée.
La meilleure période pour effectuer un rejointoiement à Montréal se situe entre mai et octobre, lorsque les températures restent au-dessus de 5 °C pendant au moins 72 heures après l’application. Le mortier a besoin de températures clémentes pour durcir correctement.
Types de mortier et compatibilité
Le choix du mortier est l’aspect le plus critique du rejointoiement. Un mortier mal choisi peut causer plus de dommages que le problème d’origine. Voici les principaux types de mortier utilisés en maçonnerie :
- Mortier de type N : le plus polyvalent et le plus couramment utilisé pour les murs extérieurs. Résistance moyenne, bonne flexibilité. Convient à la plupart des constructions résidentielles modernes (après 1920).
- Mortier de type O : plus souple et moins résistant, idéal pour les bâtiments anciens avec des briques tendres. Sa flexibilité permet aux mouvements structuraux sans endommager les briques.
- Mortier à base de chaux : essentiel pour les bâtiments patrimoniaux construits avant 1920. Les briques anciennes sont plus tendres que les briques modernes et nécessitent un mortier souple qui absorbe les mouvements. Un mortier Portland trop dur fera éclater ces briques fragiles.
- Mortier de type S : haute résistance, utilisé pour les fondations, les murs de soutènement et les structures portantes. Plus rigide, il convient aux applications soumises à de fortes pressions.
Règle fondamentale :le mortier de remplacement doit toujours être plus souple que les briques ou les pierres qu’il entoure. Un mortier trop dur concentre les contraintes sur les briques et provoque leur éclatement — un phénomène appelé « spalling » que l’on observe malheureusement sur de nombreux bâtiments montréalais mal réparés.
Le processus de rejointoiement
Un rejointoiement professionnel suit des étapes précises qui garantissent un résultat durable :
- Évaluation et diagnostic : le maçon inspecte toute la surface pour identifier les zones à traiter, détermine le type de mortier existant et sélectionne le mortier de remplacement approprié.
- Retrait du mortier dégradé : à l’aide d’outils manuels (burin et marteau) ou d’une meuleuse à faible vibration, le maçon retire le mortier endommagé sur une profondeur minimale de 20 mm. Les outils pneumatiques trop puissants peuvent endommager les briques et doivent être évités.
- Nettoyage et humidification : les joints sont nettoyés de toute poussière et débris, puis humidifiés pour assurer une bonne adhérence du nouveau mortier.
- Application du mortier : le mortier est appliqué en couches successives de 6 à 8 mm, chaque couche devant raffermir avant l’application de la suivante. Cette technique prévient les fissures de retrait.
- Profilage des joints : une fois le mortier suffisamment ferme, le maçon profile le joint pour reproduire le style original (concave, beurré, à affleurements, etc.).
- Cure et protection : le mortier frais doit être protégé du soleil direct, du vent et de la pluie pendant au moins 72 heures pour un durcissement optimal.
Coûts et facteurs de prix
Le coût d’un rejointoiement à Montréal varie selon plusieurs facteurs. Voici les fourchettes de prix typiques en 2024-2025 :
- Rejointoiement standard : entre 15 $ et 35 $ le pied carré pour un mur en briques standard accessible depuis le sol ou un échafaudage simple.
- Rejointoiement de cheminée : entre 1 500 $ et 4 000 $ selon la taille et l’accessibilité. Les cheminées nécessitent souvent un échafaudage spécialisé.
- Rejointoiement patrimonial : entre 25 $ et 50 $ le pied carré pour les bâtiments anciens nécessitant un mortier à base de chaux et des techniques traditionnelles.
- Façade complète : pour une façade de triplex montréalais typique (environ 800 à 1 200 pieds carrés), prévoyez entre 12 000 $ et 30 000 $ selon l’état et la complexité.
Les facteurs qui influencent le prix incluent : la hauteur et l’accessibilité du mur (coût d’échafaudage), l’étendue des dommages, le type de mortier requis, la complexité du motif de briques et la période de l’année. Les prix sont généralement plus avantageux en début et en fin de saison (mai-juin et septembre-octobre).
Erreurs courantes à éviter
Plusieurs erreurs fréquentes peuvent compromettre la qualité et la durabilité d’un rejointoiement :
- Utiliser le mauvais type de mortier : c’est l’erreur la plus grave et la plus courante. Un mortier Portland type M ou S sur des briques anciennes cause des dégâts irréversibles.
- Retrait insuffisant du vieux mortier : appliquer du mortier neuf sur moins de 20 mm de profondeur résulte en une adhérence insuffisante. Le nouveau mortier se détachera en quelques années.
- Travailler par temps trop froid ou trop chaud : en dessous de 5 °C, le mortier ne durcit pas correctement. Au-dessus de 30 °C, il sèche trop vite et se fissure. Les deux extrêmes compromettent la durabilité.
- Ne pas humidifier les joints : les briques sèches absorbent l’eau du mortier frais trop rapidement, empêchant un durcissement adéquat et affaiblissant l’adhérence.
- Appliquer le mortier en une seule couche épaisse : le mortier appliqué en couche trop épaisse se fissure en séchant. L’application en couches successives est essentielle pour un résultat durable.
- Négliger la cure du mortier : le mortier frais doit être protégé et maintenu humide pendant les premiers jours. Un séchage trop rapide produit un mortier faible et friable.
En choisissant un maçon qualifié et expérimenté, vous éviterez ces erreurs coûteuses. N’hésitez pas à poser des questions sur les techniques et les matériaux que le maçon prévoit d’utiliser — un professionnel sera heureux de vous expliquer son approche.